Ce que signifie la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation au Canada en 2026

Chaque année, le 30 septembre, le Canada commémore la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation. Chez MINI TIPI, nous souhaitons profiter de cette journée pour honorer les survivants des pensionnats autochtones et leurs familles, encourager les gens à écouter les histoires et les voix autochtones afin de mieux comprendre les conséquences durables des politiques d’assimilation qui ont façonné leur histoire, et, surtout, rappeler à tous que la réconciliation ne peut se limiter à une seule journée de commémoration.

Cette journée est avant tout une occasion de se souvenir, d’apprendre et de reconnaître les réalités vécues par les peuples autochtones. Elle nous permet également de mettre en lumière leurs cultures, leurs langues, leurs traditions, leurs savoirs, leurs artistes et leurs communautés.

Mais comment célébrer la richesse de ces cultures tout en reconnaissant les blessures qui demeurent ?

Comment trouver l’équilibre entre la fierté culturelle et les réalités qui existent encore aujourd’hui ? Comment célébrer un peuple qui mérite d’être pleinement reconnu alors que ses communautés doivent encore plaider pour leurs droits, dénoncer les injustices et rappeler aux autres leur histoire ?

Ces questions font partie de la réflexion que la réconciliation nous invite à mener.


De la vérité à la réconciliation : où en sommes-nous ?

Certes, des progrès significatifs ont été réalisés au cours des dernières décennies, et il est essentiel de les reconnaître.

Il y a à peine quelques décennies, les politiques d’assimilation étaient encore profondément ancrées dans les institutions canadiennes. Les pensionnats autochtones gérés par le gouvernement fédéral ont continué de fonctionner jusqu’en 1996. La Commission de vérité et réconciliation du Canada a par la suite donné à des milliers de survivants, de familles et de communautés l’occasion de partager leurs expériences et d’attirer l’attention sur les impacts intergénérationnels de ce système.

En 2015, la Commission de vérité et réconciliation a présenté ses 94 appels à l’action, destinés à guider les gouvernements, les institutions et la société canadienne dans le processus de réconciliation.

Ces appels couvrent un large éventail de domaines, notamment la protection de l’enfance, l’éducation, la santé, la justice, les langues, la culture, la commémoration et les relations entre les peuples autochtones et les gouvernements canadiens.

Ils servent donc non seulement de témoignage du passé, mais aussi de cadre pour des changements concrets visant à transformer les relations entre les peuples autochtones et les institutions canadiennes d’aujourd’hui.

Près d’une décennie après leur publication, cependant, la mise en œuvre de ces appels demeure inégale. Le Yellowhead Institute suit les progrès des 94 appels à l’action et souligne depuis plusieurs années l’écart entre les engagements pris et les changements structurels mis en œuvre.

La protection et la revitalisation des langues autochtones constituent également un enjeu important. En 2019, le gouvernement fédéral a adopté la Loi sur les langues autochtones, en partie en réponse à l’appel à l’action 14 de la Commission de vérité et réconciliation.

Plus de 70 langues autochtones sont parlées au Canada. Cependant, bon nombre d’entre elles sont considérées comme étant en péril, et certaines sont menacées d’extinction. Les données de Statistique Canada montrent également une diminution du nombre de personnes ayant déclaré être en mesure de soutenir une conversation dans une langue autochtone entre 2016 et 2021.

La situation n’est toutefois pas uniforme : certaines langues montrent aussi des signes de revitalisation, notamment grâce à l’apprentissage comme langue seconde et aux efforts menés par les communautés.

Enfin, en 2021, la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation a été officiellement établie au Canada. Elle répond directement à l’appel à l’action 80 de la Commission de vérité et réconciliation, qui demandait la création d’une journée nationale de commémoration.

Cette journée vise, entre autres, à honorer les survivants et les victimes des pensionnats autochtones, à reconnaître les impacts durables du système et à sensibiliser la population à cette histoire.

Les lacunes : que reste-t-il à faire ?

Reconnaître les progrès réalisés ne signifie pas que le processus de réconciliation est terminé.

Les inégalités qui affectent les peuples autochtones demeurent très présentes et prennent de nombreuses formes. Certaines communautés continuent de faire face à des défis liés à l’accès à l’éducation, à l’eau potable, aux soins de santé, au logement et aux infrastructures.

Les peuples autochtones demeurent également surreprésentés dans le système correctionnel canadien. Cette surreprésentation est particulièrement marquée chez les adultes autochtones incarcérés, ce qui souligne des inégalités qui vont bien au-delà de l’héritage historique des pensionnats.

La réconciliation signifie donc voir au-delà du symbolisme. Une journée de commémoration, des chandails orange et des déclarations publiques peuvent aider à sensibiliser les gens, mais ils ne remplacent pas les changements nécessaires au sein des institutions, des politiques et des relations avec les communautés autochtones.

Agir : que pouvons-nous faire ?

Il est important de reconnaître ce qui ne fonctionne pas. Mais il est tout aussi important de réfléchir à ce que nous pouvons faire, individuellement et collectivement.

La réconciliation ne repose pas uniquement sur les gouvernements et les institutions. Elle se construit aussi par notre façon d’écouter, d’apprendre, de consommer, de parler et de transmettre le savoir.

Commencer par le territoire sur lequel nous vivons

Une première étape peut consister à en apprendre davantage sur les peuples et les Nations autochtones sur les territoires traditionnels desquels nous vivons.

Le site Native Land Digital permet aux utilisateurs d’explorer les territoires, les langues et les Nations associés à différentes régions du Canada et du monde. C’est un point de départ utile pour mieux comprendre le territoire qui nous entoure et découvrir les langues qui y sont parlées.

Soutenir les artistes et les entreprises autochtones

Un autre moyen concret de participer à la réconciliation est de soutenir les artistes, artisans, auteurs et entreprises autochtones.

Acheter directement auprès de créateurs autochtones, découvrir leurs œuvres et encourager leurs entreprises contribue à reconnaître leurs contributions à la culture et à l’économie canadiennes tout en faisant une place aux voix autochtones contemporaines.

Cependant, il est important de privilégier les créateurs et entreprises autochtones eux-mêmes et d’éviter l’appropriation ou la commercialisation de symboles culturels sans contexte ni consentement.

Écouter les voix autochtones

La culture autochtone ne se limite pas au passé.

Nous pouvons découvrir les œuvres d’auteurs des Premières Nations, inuits et métis, écouter leur musique et leurs balados, visiter des expositions, assister à des événements et à des festivals, ou simplement prendre le temps d’écouter les personnes autochtones qui partagent leurs expériences et leurs perspectives.

L’objectif n’est pas de parler à leur place, mais de leur laisser plus de place pour qu’ils puissent s’exprimer.

Poursuivre la conversation

Enfin, nous pouvons contribuer à la réconciliation en brisant le silence autour de ces réalités.

Cela peut commencer par contester un stéréotype, partager une ressource fiable, corriger des informations erronées ou simplement engager une conversation avec ouverture et respect.

La réconciliation ne demande pas d’avoir toutes les réponses. Elle demande d’être prêt à continuer d’apprendre.

Célébrer avec intention

Après avoir réfléchi à l’histoire et à son importance, nous revenons ultimement à notre point de départ : l’importance de célébrer, mais surtout de le faire avec conscience et intention.

Porter un regard honnête sur l’histoire que nous partageons nous permet d’aller au-delà des célébrations superficielles. Cela nous invite à reconnaître à la fois la richesse, la diversité et la vitalité des cultures autochtones, ainsi que les blessures et les injustices qui continuent d’exiger attention, responsabilité et justice.

La réconciliation ne signifie pas effacer le passé pour construire un avenir. Il s’agit plutôt d’accepter de regarder ce passé avec honnêteté afin que nous puissions bâtir des relations différentes dans le présent et pour les générations à venir.

Intégrer pleinement les cultures, les savoirs et les perspectives autochtones à la société canadienne n’est pas simplement une façon de reconnaître le passé. C’est aussi reconnaître leur présence, leurs contributions et leur rôle essentiel dans le Canada d’aujourd’hui.

Pour aller de l’avant, il est essentiel d’écouter les voix autochtones, de protéger et de revitaliser les langues autochtones, de soutenir les communautés et de continuer à apprendre. Les peuples autochtones ne devraient pas être réduits à un chapitre du passé : ce sont des communautés dynamiques et vivantes, qui portent en elles des langues, des savoirs, des traditions, de l’art et des visions pour l’avenir.

En fin de compte, la réconciliation ne devrait pas se limiter à quelques jours par année.

Elle se construit chaque jour, par ce que nous choisissons d’apprendre, de reconnaître, de soutenir et de transmettre.